Et si Socrate vivait de nos jours, serait-il platiste (a.k.a. flat-earther) ? Vous savez, ces gens qui pensent que la Terre est plate ?

 

Déjà, si on se souvient de sa réputation de provocateur qui déambulait downtown Athènes pour crier au visage des gens qu’ils avaient tort, et ce peu importe ce qu’ils croyaient… on peut très bien imaginer qu’il serait aujourd’hui l’un de ces trolls qui se promènent  par-ci et par-là sur les réseaux sociaux pour contre-argumenter de façon passive agressive sur tous les sujets…

 

Mais au-delà ce ça, on sait qu’il ne serait pas du genre à croire aux fake news. Parce que notre cher Socrate était du genre légèrement sceptique. Il comprenait que nombre de savoirs enseignés étaient construits, et que dès lors que l’on essayait de remonter à leur source, on se trouvait dans la plupart des cas incapable de prouver leur véracité hors de tout doute.

 

Parce que Socrate, contrairement à beaucoup d’entre nous, était honnête : il savait qu’il ne savait rien.

 

Socrate ne sait rien platiste

 

Alors Socrate, un platiste ?

Donc Socrate ne savait rien, soit. Mais « en quoi cela fait de lui un platiste » pourriez-vous me demander, à juste titre.

 

C’est que la philosophie qui mène les platistes à dire que la Terre n’est pas ronde ne se trouve peut-être pas si éloignée de ce qu’on appelle la dialectique socratique. Cette forme d’interrogation qui vise à questionner les gens concernant les vérités qu’ils tiennent pour acquises (et généralement détruire leurs arguments s’ils ne sont pas assez solides).

 

Les platistes ont donc choisi de questionner ce savoir scientifique affirmant que la Terre est ronde. Cela pour ensuite affirmer qu’en réalité, la plupart d’entre nous n’ont jamais pu percevoir la rondeur de la Terre de nos propres yeux. Et en cela, ils ne disent pas faux.

 

Si vous dites que vous pouvez clamer hors de tout doute que la Terre est ronde, je me permets de douter fortement que vous ayez vous-même déjà fait le calcul de sa circonférence. Ou répété l’observation d’Aristote lors d’une éclipse. Ou encore moins volé dans la stratosphère pour en constater la rondeur de vos propres yeux.

 

Le dernier amateur à avoir essayé a d’ailleurs vécu quelques ratés… (RIP Mad Mike.)

 

 

Tout ce que vous savez sur ce sujet vous a été dit, enseigné. Et peut-être n’avez-vous même pas le savoir scientifique nécessaire pour vérifier ce que vous avancez (je dis ça parce que c’est probablement mon cas).

 

Ainsi, le réflexe d’incrédulité à l’égard de la sphéricité de notre planète des platistes est beaucoup plus engagé dans une démarche philosophique sérieuse que ce que l’on pourrait croire.

 

Questionner la sphéricité de la Terre, oui, mais aller jusqu’à affirmer sa platitude ?

C’est là que ça colle.

 

Parce que l’expérience de pensée des platistes ne fonctionne que lorsqu’elle vise à provoquer, à amuser l’esprit, déconstruire un savoir acquis. Et j’ose croire que nombre des membres de la Flat Earth Society en font partie par espièglerie intellectuelle.

 

Comme aurait pu le faire Socrate lors d’une séance de dialectique, ils se demandent s’il existe en réalité quelque preuve absolue quant à la rondeur potentielle de la Terre. Ils cherchent une preuve absolue, qu’ils peuvent valider par eux-mêmes, et non pas les écrits de la communauté scientifique, qui est une forme d’autorité extérieure.

 

Pour les platistes convaincus, qui vont jusqu’à imaginer un narratif complet « prouvant » que la Terre est plate, cartes à l’appui ; on tombe dans un scénario identique à ce qu’on avait initialement chez les théoriciens du rond. Or, cette fois, au lieu de dire que la Terre est ronde sans ne vraiment pouvoir le prouver, on affirme que la Terre est plate, et toujours sans preuve convaincante. Et à cela ils n’oublient pas d’ajouter ci et là les semences de théories du complot…

 

Alors, Socrate serait un platiste, oui, mais de la frange ironique, et non de celle des convaincus.

 

Il continuerait de se questionner, questionner les autres, s’exercer à la maïeutique pour en venir à découvrir la vérité, qui serait peut-être différente de ces vérités qui nous sont dites par nos parents lorsque nous sommes enfants, avec pour seul argument le fameux : « parce que c’est comme ça, un point c’est tout ».

 

Socrate peut donc à mon sens légitimer non pas la théorie des platistes, mais leur approche en invitant à se connaître soi-même, en apprendre plus sur ses lacunes et ne pas prendre toute vérité enseignée pour acquise.

 

Vous n’en connaissez pas énormément sur Socrate ? Lisez sa petite description dans mon top 10 des philosophes grecs.

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