Il pleure. Chaque fibre de son corps exprime la colère, voire la haine. Vous savez qu’il a faim, ou qu’il est sur le point de laisser libre cours à l’orchestre d’une diarrhée explosive.

 

Vous regardez sur votre fiche de suivi, et réalisez qu’il ne s’agit que de la 54e fois aujourd’hui qu’il exprime aussi fortement l’un de ses nombreux besoins…

 

Inspirée par le sentiment d’une fatigue profonde, l’odeur des déjections ou par l’allure étrange de la petite purée que vous lui donnez à manger, une petite voix au fond de vous-même demande si vous avez fait le bon choix. Si c’était une bonne idée d’avoir un enfant…

 

Pas que vous ne l’aimez plus, mais vous vous rappelez ce que certains de vos amis disaient avant d’avoir celui-ci : que de nos jours, ce n’est plus moralement acceptable de faire des enfants.

 

Au fond, avoir un enfant, c’est beaucoup de travail, un investissement personnel (et/ou de couple) énorme. Et, j’avoue qu’il n’est pas facile de se sentir bien, si en plus d’être la cible constante de cette petite boule de haine, vous vous faites dire que vous ne rendez pas service à l’humanité en ayant choisi de vous reproduire. La surconsommation, le manque d’espace, la pollution, et tout, et tout…

 

En regardant la petite tête rouge criblée de larmes de cet être encore égoïste, il est parfois difficile de trouver la bonne réponse.

 

Si bonne réponse il y a.

 

Plongeons donc maintenant dans un univers de couches, salive et rejets biliaires et posons-nous la question: avoir un bébé aujourd’hui, est-ce le bon choix moral ?

 

Les raisons pour lesquelles avoir un enfant ne serait pas le bon choix moral

Lorsque l’on y pense vraiment, les raisons ne pas faire d’enfants sont multiples. La surpopulation, les situations de pauvreté, les besoins de consommation qui augmentent proportionnellement et occasionnent des problèmes de pollution, le désir d’épanouissement professionnel, et tout le tralala.

 

Le monde moderne est si complexe, semble coincé dans un noeud de problèmes si nombreux que l’on peut se dire qu’il est tout à fait légitime de ne pas avoir d’enfants.

 

Qui plus est, avec le réchauffement climatique et la pollution, on peut raisonnablement ne pas vouloir faire subir la fin du monde à ceux-ci. À moins que très vite, votre bambin soit un jeune surfeur cool et talentueux, il serait préférable qu’il ne reçoive pas les tsunamis en pleine gueule lorsque le niveau des océans aura augmenté.

 

Parce qu’épargner l’apocalypse à ses enfants, c’est sympa.

 

Après, il y a la possibilité de l’adoption. Si vraiment vous ressentez le besoin  d’élever un mini-vous, de nombreux enfants n’attendent que de quitter leur mode de vie difficile pour intégrer une famille où le coût de distribution de l’amour se fera moins dispendieux que dans dans leur milieu d’origine.

 

On compte environ 153 millions d’orphelins sur Terre. Alors il y a du choix dans ce rayon du supermarché.

 

Le fait qu’autant d’orphelins existent doit-il pour autant rendre l’adoption comme une obligation morale ?

 

Très difficile à dire. Parce qu’au-delà de l’idéologie qui en découle, d’autres facteurs peuvent entrer en ligne de compte dans le fait d’enfanter ou non.

 

Comme le fait, par exemple, que nous soyons toujours une sorte de singe… tout juste un peu plus avancé.

 

Un singe rose, et tout nu (sup Desmond Morris).

 

L’humain, cet animal de chair et de pulsions

L’être humain est un animal doté d’intelligence, certes (pour vous en assurer, vous pouvez toujours jeter un oeil aux accomplissements des récipiendaires des fameux Darwin Awards).

 

Or, bien qu’il soit conscient et puisse prendre des décisions réfléchies, il faut se rappeler qu’il est aussi un animal, et donc, avant tout pulsionnel.

 

La pulsion sexuelle l’emporte souvent sur la raison, tout comme les pulsions de violence ou de joie. Ou la pulsion après une soûlerie de se bourrer l’estomac de nourriture contenant 150% de la dose de gras et de sel quotidienne recommandée.

 

Le fondement de notre existence s’appuie sur un système complexe de mécanismes automatisés, nous permettant de survivre et de propager nos gènes. Ce n’est souvent qu’après qu’intervient l’intelligence, la conscience analytique (exception faite pour la famille Kardashian).

 

En réalité, depuis l’apparition de la vie, la pulsion de reproduction est présente et fondamentale.

 

Nous n’avons qu’à penser à la mitose cellulaire.

mitose cellulaire philosophe

 

Ainsi, difficile de pouvoir affirmer que le fait d’avoir un enfant, de se reproduire, est mal, lorsque l’on pense qu’il s’agit de l’expression d’une nécessité fondamentale chez tout être vivant.

 

Peut-être que certaines personnes arriveront, par des mouvements réflexifs et intellectuels à atténuer ce besoin de reproduction (ou parfois à l’éliminer tout à fait).

 

Mais il s’agit-là d’une minorité. La majorité, elle, n’arrivera pas à faire fi de ce désir naturel.

 

L’horloge biologique continue de tourner et de faire résonner son « tic-tac » qui éveille un indice de coquetterie même chez les âmes les plus frigides.

 

Alors, devrait-on faire des enfants ou non ?

Je ne crois pas qu’il y ait de bonne réponse.

 

Pour les idéologues de ce monde, les personnes qui sont avant tout cérébrales et se détachent un peu plus de leurs pulsions, faire ce type de choix peut être tout à fait logique.

 

Pensons à Hannibal Lecter, qui avait choisi de ne pas faire d’enfant. On peut voir là une décision pleine de sagesse…

 

Or, l’être humain, demeurant un animal pulsionnel, possède encore souvent en sa racine un désir extrêmement puissant de reproduction.

 

Pour beaucoup, la pulsion de donner la vie est si forte qu’elle se présente comme l’une des seules raisons qui font que la vie vaut la peine d’être vécue.

 

En ce sens, reprocher aux gens de suivre cette pulsion ne serait-il pas encore moins moralement acceptable que de choisir d’avoir des enfants ?

 

La question est légitime.

 

À vous de choisir si oui ou non, il faut « brûler le bébé ».

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