Avec ou sans raison, le marketing est souvent décrit comme une sorte d’outil diabolique, créé dans le seul but de contrôler l’esprit des consommateurs. 

 

En fonction de cette représentation, les responsables marketing seraient une sorte de monstre affamé et toujours grandissant, qui cherche à attraper le maximum de proies à l’aide de son tentaculaire mix marketing de l’enfer.

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OK, les responsables marketing sont monstrueux, soit (j’en ai été un moi-même), mais se pourrait-il que le marketing soit plus que ça ? Que sa présence si forte dans nos sociétés  veuille dire quelque chose de plus sur qui nous sommes ? 

 

Se pourrait-il aussi que, d’une perspective plus philosophique, l’on soit capable d’en retirer quelques enseignements ?

 

Je pense que oui, et c’est d’ailleurs pourquoi cet article de blogue existe !

 

Le marketing, en vrai, c’est quoi ?

À la base, c’est l’acte de mise en marché d’un produit ou d’un service, pour faire en sorte que celui-ci se vende.

 

La description officielle de Larousse.fr va comme suit (attention, moment ennuyeux, mais nécessaire) : 

 

«Ensemble des actions qui ont pour objet de connaître, de prévoir et, éventuellement, de stimuler les besoins des consommateurs à l’égard des biens et des services et d’adapter la production et la commercialisation aux besoins ainsi précisés.»

 

Ça va ? Vous êtes toujours éveillé(e) ?

 

Donc dans le concept du marketing, il y a une volonté d’influencer, certes (avec plusieurs techniques, dont des bonnes ou mauvaises publicités), mais qui pour fonctionner, doit être précédée d’un désir de connaître, de comprendre.

 

Et c’est ce désir de comprendre, qui peut devenir intéressant d’un point de vue philosophique.

 

Le marketing peut-il devenir un outil philosophique ?

Bien que le marketing, ne soyons pas dupes, n’ait pas été inventé grâce à une motivation toute philosophique, il reste que celui-ci est un concept permettant de saisir avec plus de précision une facette de notre monde. C’est-à-dire : ce que sont les besoins des consommateurs, et comment leur vendre un produit ou un service qui répondra à leurs besoins.

 

Et si vous n’étiez pas encore au courant, je vous apprends que nous vivons dans un système capitaliste (O-M-G). Du moins en ce qui concerne la plupart des pays développés. Notre vie est donc rythmée par le battement continu du marché, les discours économiques, les chants de l’offre et la demande.

 

Encore plus à l’ère 2.0, avec les réseaux sociaux : on le rappelle souvent, c’est l’humain lui-même qui est devenu le produit vendu par les entreprises.

 

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Depuis la chute en importance des systèmes politiques (désillusion face au communisme, au rêve américain), la perte de vitesse des religions, le destin (fatum) des sociétés occidentales s’est grandement modelé en fonction d’une quête de liberté. Quête de liberté commençant par le droit à la propriété privée. 

 

Et la propriété privée, c’est quelque chose qui se construit par la consommation de produits, l’achat d’espaces territoriaux. 

 

Non seulement on achète la liberté, mais le produit acheté devient en quelque sorte ce qui nous définit.

 

Certains vont d’ailleurs jusqu’à se définir en profondeur par la consommation et leur identité en devient dépendante :  

 

cosplay sakura homme

 

Tranquillement, ou très vite, tout ce système devient une roue qui tourne et nécessite que l’on consomme toujours pour éviter de perdre notre essence de consommateur et qu’un vide existentiel ne vienne s’installer.

 

Donc oui,  notre société en est désormais une qui fonctionne principalement dans un registre de consommation. 

 

Sachant cela, les marketeurs s’affairent de leur côté à analyser les différents marchés, à les segmenter, comprendre leur cible en les catégorisant par groupes d’âge, sexe, intérêts, etc. 

 

Tout cela pour offrir des produits ou services qui sauront plaire à leur clientèle.

 

On peut d’ailleurs se poser des questions sur nous-mêmes lorsque l’on voit qu’un objet tel que la fleshlight a été inventé. 

 

Fleshlight, vagin et flashligh. Instrument pour se masturber.

 

Hacker le marketing pour en faire un concept philosophique

Comme notre société est fondée sur le marché, pourquoi ne pourrions pas utiliser cet outil d’analyse pour comprendre l’humain qui se cache derrière ces relations mercantiles ? 

 

Tel que le disait le philosophe Gilles Deleuze, «La philosophie, plus rigoureusement, est la discipline qui consiste à créer des concepts.»

 

Or, je proposerais cette fois de faire le chemin inverse. C’est-à-dire, de partir du concept déjà créé (le marketing), pour remonter vers la philosophie.

 

Comme notre société est désormais centrée sur la consommation, le marketing pourrait de cette manière être un angle d’analyse très intéressant pour en savoir plus sur notre époque.

 

L’utilisation des 5p, les analyses SWOT, les études de mots-clés (celles-ci permettant de comprendre ce que les consommateurs recherchent sur le web), tous ces outils sont de nouvelles manières d’accéder à l’humain, de le rendre visible au travers de notre système capitaliste.

 

Ce que je veux dire par là, c’est qu’un jouet pour enfant, créé suite à une analyse marketing exhaustive, pourrait peut-être nous en dire plus long sur les enfants de la société ciblée, leurs envies, leurs traits culturels, que tout autre concept philosophique.

 

Et si, à cause du contexte économique et sociétal dans lequel nous nous retrouvons, le marketing n’était pas un concept philosophique parmi tant d’autres, mais bien, LE concept philosophique qu’il fallait utiliser si nous souhaitons comprendre notre siècle ?

 

Il faudra peut-être en venir à prendre Edward Bernays un peu plus au sérieux au lieu de le snober d’un «tsss» tout dédaigneux et philosophique.

 

Peut-être que tout(e) philosophe qui se respecte devrait aussi avoir fait des études en marketing, de façon à savoir faire des analyses de marché et ainsi accéder à l’essence de l’âme de l’humain moderne.

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